« Mes premiers mots seront pour vous exprimer les salutations cordiales et fraternelles de la délégation du Mali et, en son nom, j’adresse nos sincères remerciements au Gouvernement de la République togolaise pour l’accueil si chaleureux et l’hospitalité généreuse.
Je transmets également l’appréciation de Son Excellence Le Général d’Armée Assimi GOITA, Président de la Transition, Chef de l’Etat ainsi que du Gouvernement de la République du Mali aux Plus Hautes Autorités du Togo, pour leur implication personnelle à travers Son Excellence Monsieur Faure Essozimna GNASSINGBE, Président du Conseil, pour l’action qu’il mène au nom du Togo en faveur de la paix, de la sécurité, de la stabilité et du développement de la région du Sahel, de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique de manière générale.
Je souscris à la déclaration prononcée par S.E. M. Karamoko Jean Marie TRAORE, Ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, pays assumant la présidence de la Confédération des Etats du Sahel et je voudrais, à titre national, faire quelques observations complémentaires.
Le Mali se réjouit de participer à la présente cérémonie, consacrée au lancement de la Stratégie Togo-Sahel qui illustre, une nouvelle fois, la volonté du Togo d’adapter son engagement aux nouvelles réalités géopolitiques et sécuritaires, en vue de renforcer la stabilité régionale et la coopération entre les pays du Sahel et ceux du Golfe de Guinée dans un environnement géopolitique et un monde en pleine mutation.
Sur le principe, nous saluons cette initiative renouvelée du Gouvernement Togolais de poursuivre son action en faveur de la paix et de la sécurité sous-régionales.
Dans la démarche, il est heureux que les Autorités togolaises aient fait le choix de l’inclusivité, en associant les parties prenantes, particulièrement les Etats concernés à titre principal, non seulement à la présente cérémonie de lancement de la Stratégie Togo-Sahel, mais aussi à sa mise en œuvre. Comme le dit un adage : « on ne peut pas raser la tête de quelqu’un en son absence ».
En effet, les piliers sur lesquels repose la Stratégie appellent une action concertée, cohérente et respectueuse de la souveraineté des Etats. La prise en compte des besoins des Etats et des Peuples du Sahel, des attentes légitimes des populations et des défis que rencontrent les pays du Sahel, contribuera à la résolution des crises auxquelles notre région fait face.
Dans sa substance, la Stratégie Togo-Sahel s’inscrit en cohérence avec la vision de nos Plus Hautes Autorités de parvenir au retour de la paix et de la stabilité dans nos Etats et dans la région du Sahel, dans un esprit de pragmatisme, de réalisme et de sagesse.
Le premier mérite de cette Stratégie est qu’elle émane d’un pays qui n’a eu de cesse de prôner mais plus important, de pratiquer le dialogue avec les pays du Sahel, en soulignant que leur situation de transition politique ne saurait être le prétexte à leur relégation au second plan, dans certains cas à leur diabolisation car, à l’évidence, ces pays du Sahel, nos pays du Sahel, vivent au quotidien et au prix de la quiétude voire de la vie de paisibles citoyens, la crise qui leur est imposée.
Car oui, cette crise n’est pas née au Sahel, elle est la conséquence d’une succession d’évènements, certes internes pour certains mais externes pour la plupart, à l’image de l’intervention malheureuse atlantique en Libye.
Sans refaire l’historique de la crise sécuritaire au Sahel, il est nécessaire de parvenir à une compréhension commune de ce qu’est la menace terroriste, de comprendre ses causes profondes, d’identifier ensuite les éléments qui entretiennent le terrorisme au Sahel, afin de mieux le combattre, et enfin, d’appréhender la crise de manière holistique, pas uniquement dans sa dimension sécuritaire, mais en intégrant également les aspects humanitaires, sociaux, économiques, institutionnels, de gouvernance et géopolitiques, géoéconomiques et géostratégiques entre autres.
Les Chefs d’Etat de la Confédération des Etats du Sahel, Leurs Excellences le Capitaine Ibrahim TRAORE, Président du Faso, Président de la Confédération AES ; Le Général d’Armée Assimi GOITA, Président de la Transition, Chef de l’Etat du Mali ; et le Général d’Armée Abdourahamane TIANI, Président de la République du Niger, Chef de l’Etat inscrivent leurs actions nationales et leur action confédérale dans cette vision holistique qui tient compte de tous les paramètres des défis de la région.
C’est ainsi que la Confédération des Etats du Sahel fonde sa dynamique sur le triptyque Défense et Sécurité ; Diplomatie ; et Développement. Les activités envisagées et celles déjà menées répondent toutes à l’aspiration des populations à la paix, à la sécurité et au développement, y compris à travers une intégration renforcée.
J’insiste à ce stade de mon propos, sur le renforcement de l’intégration sous régionale car la Confédération AES vise à favoriser une meilleure intégration, un meilleur brassage des populations, déjà liées entre elles par des relations naturelles et historiques de fraternité, culturelles et des liens géographiques que nous ne pouvons pas nier.
Cependant, la coopération et l’intégration régionales en Afrique de l’Ouest doit désormais tenir compte de la reconfiguration géopolitique de la région marquée par la coexistence de deux entités qui doivent travailler ensemble dans le but de préserver les intérêts des populations ouest africaines et promouvoir leurs aspirations à la paix et au développement, dans un esprit de solidarité et de respect mutuel.
Les résultats tangibles enregistrés par la Confédération AES, depuis sa création le 06 juillet 2024 à Niamey, tant dans la lutte contre le terrorisme que dans le cadre de la coordination de l’action diplomatique et du développement harmonieux de notre espace, illustre la pertinence des décisions prises par nos Chefs d’Etat.
La Confédération AES a su, très rapidement, s’imposer comme une réalité géopolitique incontournable de la sous-région et qui, en peu de temps, a noué des relations solides avec de nombreux partenaires internationaux.
La coopération internationale et particulièrement la coopération sous-régionale sont un atout considérable à l’atteinte de nos objectifs communs de paix et de sécurité.
La coopération en matière de sécurité au plan régional exige cependant des préalables :
• créer la confiance, la nécessité pour certains Etats de la région de cesser le soutien à des groupes terroristes ou l’utilisation de leur territoire pour déstabiliser les voisins ;
• cesser d’accueillir des forces étrangères hostiles engagées dans des actions de déstabilisation ou de subversion des Etats voisins ;
• avoir la même définition du terrorisme car la nature fluctuante de la lutte contre le terrorisme nous amène à constater que le terrorisme est désormais soutenu ou financé par certains Etats de la région ou des Etats extérieurs à notre région.
La construction de la confiance exigence que nous ayons une analyse lucide de l’ensemble de ces éléments.
En termes de solution immédiate, il est évident que, aujourd’hui nous n’avons pas de cadre unique qui nous permette de travailler dans le cadre de la lutte contre le terrorisme vu cette fragmentation et les difficultés liées à l’absence de confiance.
Ainsi, dans un premier temps et de façon pragmatique, il est possible d’envisager des collaborations sur une base bilatérale là où c’est possible, là où il y a la confiance, pour ensuite élargir la base de cette confiance car on ne peut pas assurer la sécurité ensemble si nos pays ne se font pas confiance.
Il nous faut par ailleurs travailler à établir de nouveaux mécanismes de coopération sécuritaire endogènes sous leadership africain, financés par les Africains et contrôlés par des Africains.
Je reconnais et salue la présence aujourd’hui de nombreux partenaires bilatéraux comme multilatéraux, intéressés par la lutte contre le terrorisme au Sahel. La situation au Sahel a nécessité un réajustement des interventions internationales et régionales.
Il existe à ce jour, de nombreuses stratégies Sahel, qui, fondamentalement visent le même objectif, celui de la stabilisation de la région, mais avec des approches et méthodes différentes. M’exprimant en qualité de représentant officiel d’un Etat concerné à titre principal, je crois utile d’insister, à nouveau, sur l’importance, lors des interventions internationales et régionales, de placer la vision, les choix, les priorités, les attentes et préoccupations des principaux concernés au centre de toute intervention.
Nous veillons ainsi d’une part, à l’implication nationale, essentielle au succès de toute initiative extérieure, et d’autre part, au respect de la souveraineté des Etats. Les interventions de nos partenaires doivent soutenir l’action gouvernementale des Etats du Sahel, plutôt que de tenter de se substituer à nos Etats. Cela est d’autant plus nécessaire que les stratégies portent, dans de nombreux cas, sur des domaines sensibles comme la gouvernance politique dans nos pays.
Les interventions extérieures gagneraient ainsi à être davantage en cohérence avec la vision locale, dans le cadre d’une complémentarité institutionnelle, pragmatique et respectueuse.
Les interventions extérieures doivent tirer les leçons et tenir compte des limites voire des échecs du passé. Elles doivent sortir des modèles qui imposent et perpétuent la dépendance. Nous devons innover et tendre vers des modèles et approches endogènes, soutenables qui valorisent le « compter sur soi » et le développement d’une autonomie stratégique tout en restant ouvert à des partenariats externes s’inscrivant dans cette dynamique.
Nous ne sommes pas dans une logique qui pousserait à ce que d’autres fassent les choses à notre place. Au contraire, nous comptons sur un soutien à ce que nous sommes déjà en train de faire, en nous fondant sur nos capacités. Il s’agit également pour nos partenaires internationaux de ne pas, systématiquement, présenter nos pays comme étant des problèmes. Le Sahel est victime de sa richesse, de ses potentialités, de son espace, de ses ressources en eaux souterraines et en minerais stratégiques.
Plus que de nouvelles ressources, « travailler avec le Sahel » et non « sur le Sahel ou dans le Sahel », comme si la communauté internationale était au chevet d’un patient, cela exige un nouvel état d’esprit et le courage de se remettre en question avec sincérité, respect et un sens élevé de l’écoute comme le pratique le Togo, mais aussi avec de l’humilité. Les populations qui vivent les défis du Sahel, ont le PhD de leurs défis, on ne peut pas venir leur enseigner sur ces défis.
• Excellences ;
• Mesdames et Messieurs,
Pour terminer, j’aimerais partager avec vous les réflexions conclusives suivantes :
1. Le Mali soutient les initiatives sincères en faveur du Sahel. Le mot-clé « sincère » signifie ici que, à l’instar du Togo, nous souhaitons que nos partenaires comprennent que la Confédération AES veille à la souveraineté de ses Etats membres et veille également à éviter toute ingérence extérieure.
2. Les initiatives internationales ne doivent pas se substituer à l’action des Etats concernés mais devraient plutôt s’inscrire dans, et compléter les efforts nationaux et, en l’occurrence, les actions confédérales.
3. En raison de leur nombre élevé, de l’absence de coordination des stratégies, du décalage entre les différentes Stratégies Sahel et la réalité sur le terrain, il est important de veiller à une cohésion, à une articulation entre les Stratégies pour éviter la fragmentation des approches. Mieux, il faut tout simplement un alignement sur les choix et priorités des acteurs étatiques concernés.
4. La coopération sous régionale et régionale est indispensable au succès de la lutte contre le terrorisme, c’est un fait. Toutefois, il est primordial de rétablir la confiance entre les différentes parties prenantes, entre tous les Etats de la région, dans un esprit de sincérité, de transparence, de solidarité et d’intérêt commun.
En définitive, nos destins, les destins de nos Peuples sont liés, nous sommes condamnés à vivre ensemble dans le même espace que nous appelons Afrique de l’Ouest.
Je vous remercie de votre aimable attention ».


