Projection de « Yambo Ouologuem, la blessure » : le Chef du gouvernement salue un « génie incompris »

Le Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga, a assisté ce mardi 31 mars 2026 à la projection du film documentaire « YAMBO OUOLOGUEM, LA BLESSURE » réalisé par Kalilou Sy. Aux côtés du Chef du gouvernement, le Président du Conseil National de Transition, l’Honorable Malick Diaw.

Né le 22 août 1940 à Bandiagara, Yambo Ouologuem marque l’histoire en 1968 en publiant son premier roman, « Le Devoir de violence ». Cette œuvre déconstruit les mythes de l’Afrique idyllique et précoloniale. Il dépeint une histoire marquée par la cruauté et l’exploitation, qu’elle soit le fait des potentats locaux, des conquérants arabes ou des colonisateurs européens. Ce livre lui vaut le prix Renaudot. Ce qui fait de lui le premier écrivain africain à recevoir cette distinction.

Cependant, la gloire est de courte durée. Victime de diffamation par des critiques européens et peu soutenu par ses pairs, Ouologuem se retire du monde littéraire et médiatique. Il retourne au Mali à la fin des années 1970 et s’installe à Sévaré, où il choisit une vie de dévotion religieuse. Il refuse tout contact avec le monde extérieur jusqu’à son décès, le 14 octobre 2017.

Le film « YAMBO OUOLOGUEM, LA BLESSURE » de Kalilou Sy interroge la mémoire et questionne le regard. Il s’inscrit dans une démarche de réhabilitation et de quête de vérité. Intitulé de manière évocatrice en écho au chef-d’œuvre de l’écrivain, ce travail cinématographique explore les zones d’ombre de la vie de l’auteur après sa rupture avec l’Occident.

Kalilou Sy part sur les traces de Yambo Ouologuem à Sévaré. Le film tente de percer le mystère de cet homme qui, au sommet de son art, a décidé de « tuer » l’écrivain pour laisser place à l’homme de foi.

Le documentaire attire l’attention sur l’importance de Ouologuem pour la jeunesse malienne et africaine. Il interroge la violence de la critique littéraire de l’époque et la manière dont l’élite intellectuelle a tourné le dos à l’un de ses plus brillants représentants.

À travers des entretiens avec des proches, des écrivains et des témoins de sa vie au Mali, notamment le réalisateur Moussa Ouane (le seul à l’avoir interviewé au Mali), le réalisateur du film documentaire brosse le portrait. Un génie incompris dont l’œuvre, bien que censurée et oubliée pendant des décennies, demeure d’une actualité brûlante pour comprendre les complexités du continent.

Le travail de Kalilou Sy ne se contente pas de retracer une chronologie ; il agit comme un pont entre le texte provocateur de 1968 et la réalité d’un homme qui a choisi le silence comme ultime forme de résistance.

À la fin de la projection, le Premier ministre a donné ses impressions, entre fierté et une triple reconnaissance : celle du talent, celle de l’injustice de la perfidie, et celle de l’universalité de son combat pour la dignité humaine.

Il a salué le courage du réalisateur pour la réhabilitation de Yambo Ouologuem qui, « pour nous, n’est jamais tombé de son piédestal ». Il a cité en exemple le baptême de l’Université des Lettres et des Sciences Humaines de Bamako « Yambo Ouologuem », qui ne sera guère la dernière célébration de l’homme de Lettres

PRIMATURE

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