Ce vendredi 22 août 2025, notre compatriote Pr. Abdoulaye DJIMDE a été honoré par le prix international « Hideyo Noguchi ». La cérémonie de remise du prix était placée sous la présidence du Premier Ministre du Japon et sous le regard attentif de l’empereur et de l’impératrice.
Ont également pris part à la cérémonie, le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la recherche scientifique, Pr Bouréma Kansaye et SE Didier DACKO, Ambassadeur du Mali au Japon.
Une distinction honore notre pays et le continent Africain. En effet, après le décès de Feu le Professeur Ogobara DOUMBO, notre pays était orphelin d’exploits en matière de recherche scientifique et surtout dans le domaine de la santé. Pourtant, la relève était déjà assurée depuis bien avant la disparition du Professeur DOUMBO qui avait pris du temps pour mettre en place des équipes de chercheurs aguerris et surtout engagé à poursuivre le chantier ouvert par l’illustre disparu. C’est le Pr. Abdoulaye DJIMDE qui brille désormais au firmament de la recherche dans sur le paludisme.
Professeur Titulaire du CAMES de Parasitologie Mycologie, Directeur du Centre de Recherche et de Formation sur le Paludisme de l’Université des Sciences, des Techniques et des Technologies de Bamako, Pr. DJIMDE vient de recevoir le prestigieux Prix Hideyo Noguchi Afrique 2025 dans la Catégorie Recherche Médicale des mains du Premier ministre Japonais. Ce prix du Gouvernement Japonais récompense sur l’engagement et le travail acharné du scientifique dans la recherche sur le paludisme. Un moment historique pour notre pays qui consacre l’excellence scientifique nationale et la coopération internationale.
Institué en mémoire du médecin japonais Hideyo Noguchi, ce prix distingue tous les cinq ans les chercheurs et institutions ayant contribué de manière exceptionnelle à la santé publique en Afrique. Il symbolise l’alliance entre la rigueur scientifique, l’innovation médicale et l’humanisme. En distinguant un chercheur malien, le Japon envoie un message fort : l’avenir de la science mondiale doit intégrer les talents africains dans une dynamique de coopération équitable.
La distinction du Professeur Djimdé dépasse le cadre individuel. Elle est perçue au Mali, et plus largement en Afrique comme un symbole fort de la montée en puissance de la recherche africaine dans les instances internationales. « C’est un honneur immense pour moi, mais aussi pour mon pays et pour toute l’Afrique. Ce prix reconnaît non seulement des années de recherche mais aussi un combat collectif pour améliorer la santé de nos populations », a déclaré le lauréat lors de son discours de réception.
Le Mali au firmament de la recherche sur le Paludisme
En effet, notre pays aura servi de tremplin dans la recherche sur le Paludisme et surtout dans le développement de traitement contre cette pathologie et surtout sur sa prévention. Il faut dire que prix du Pr. DJIMDE intervient au moment où notre pays commence à inoculer les premiers vaccins contre le paludisme.
Son engagement né d’une expérience personnelle marquante a permis de faire avancer la science, de former une génération de chercheurs africains et de bâtir un écosystème scientifique solide au Mali à travers le MRTC et les programmes DELGEME Plus et WANECAM.
Ce prix vient saluer une trajectoire exceptionnelle portée par une conviction inébranlable : la recherche peut changer des vies.
Chercheur chevronné au centre de Recherche et de Formation sur le Paludisme (MRTC) de l’USTTB à Bamako, Mali, le Pr. DJIMDE qui dirige de nombreux programmes de recherche et de formation sur le continent, a su démontré la responsabilité génétique de la résistance à la chloroquine. Ses recherches ont surtout permis de mettre en évidence que le gène du Plasmodium falciparum responsable de la résistance à la chloroquine en laboratoire était également à l’origine de la résistance observée chez les patients. Il a conçu des marqueurs moléculaires détectant cette résistance sur le terrain, facilitant le suivi et l’adaptation des traitements. Ses contributions incluent aussi la conduite d’essais cliniques ayant prouvé l’efficacité des combinaisons à base d’artémisinine, aujourd’hui largement utilisées en Afrique. Cette distinction, dans la catégorie Recherche médicale, vient couronner des décennies de travaux novateurs sur le paludisme. tution publique de référence au sein des Facultés de Médecine et d’Odontostomatologie et de Pharmacie de l’Université des Sciences, des Techniques et des Technologies de Bamako, créé en 1992 avec pour mission de mener des recherches sur le paludisme.
Pour répondre aux problèmes complexes et urgents de santé auxquels font face les pays de l’Afrique subsaharienne en général et le Mali en particulier, le Centre a diversifié ses activités sous la direction de Feu le Professeur Ogobara DOUMBO. Cette diversification est perpétuée par ses élèves, en l’occurrence, le Professeur Abdoulaye DJIMDE.
Le Professeur DJIMDE travaille sur la création de divers programmes visant à renforcer les capacités de recherche en Afrique et a été le fer de lance de la formation de partenariats stratégiques mondiaux portant sur le paludisme et la résistance aux médicaments dans la Région africaine. Le Japon, réaffirmant son attachement profond aux valeurs de rigueur, d’innovation et d’humanisme en matière de recherche médicale, a décerné le cinquième « Prix Hideyo Noguchi » pour l’Afrique au Professeur Abdoulaye DJIMDE dans la catégorie de la Recherche médicale. La cérémonie solennelle de remise du prix aura lieu, au Japon, le 22 août 2025.
Qui est le Professeur Abdoulaye DJIMDE ?
Chercheur, spécialisé en parasitologie moléculaire, le Pr. Abdoulaye DJIMDE est natif de la région de Mopti où il obtint en 1982, son Baccalauréat, au Lycée Publique de Sevaré, avant d’intégrer l’école de médecine. Il obtint ainsi son doctorat en pharmacie avec brio à l’École nationale de médecine et de pharmacie de Bamako avant de s’envoler à l’Université du Maryland, aux États-Unis et sorti avec un Doctorat en Philosophie.
En effet, pharmacien, chercheur associé au Centre de Recherche et de Formation sur le Paludisme notamment au Département d’Épidémiologie des maladies parasitaires, École nationale de médecine et de pharmacie de Bamako, puis chercheur invité au laboratoire des maladies parasitaires, Institut national des allergies et des maladies infectieuses, Institut national de la santé, Bethesda, Maryland, États-Unis, le Pr. DJIMDE aura évolué dans la recherche médicale de façon rigoureuse mais méthodique.
En 1988, il obtient son doctorat en pharmacie, puis une maîtrise en sciences de l’Université du Maryland, Baltimore, États-Unis avant d’obtenir un Doctorat en philosophie, Université du Maryland, Baltimore, États. Professeur associé, parasitologie et mycologie, CAMES puis Professeur titulaire, parasitologie et mycologie, CAMES, en 2001, le Pr. DIMDE est promu Chef de l’unité d’épidémiologie moléculaire et de résistance aux médicaments, Centre de recherche et de formation sur le paludisme au département d’épidémiologie des maladies parasitaires, Faculté de pharmacie et faculté médecine et d’odontostomatologie.
Dr. Abdoulaye Djimdé a vécu une expérience tragique avec cette terrible maladie, qui a coûté la vie à l’un de ses frères bien-aimés. Il n’avait que 12 ans. Cette expérience l’a incité à devenir plus tard un scientifique spécialisé dans la lutte contre le paludisme et à empêcher d’autres enfants de mourir de cette maladie. Les résultats de ses recherches au cours des trente dernières années ont contribué de manière significative à l’amélioration du traitement et du contrôle du paludisme et ont eu un impact important sur les politiques de santé des gouvernements africains et de l’OMS. En particulier, le Dr Djimdé, avec ses collaborateurs, a montré que le gène de Plasmodium falciparum qui conférait une résistance à la chloroquine dans les souches de laboratoire était responsable du paludisme résistant à la chloroquine chez les patients atteints de paludisme, grâce à ses recherches sur le terrain dans les régions du Mali où le paludisme est endémique. Il a ensuite conçu des marqueurs moléculaires qui peuvent confirmer la résistance à la chloroquine sur le terrain. Il a également démontré la sécurité et l’efficacité des médicaments antipaludiques par le biais d’essais cliniques de combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine. En outre, il a mis en place le Pathogens genomic Diversity Network Africa (PDNA), un réseau de recherche collaborative pour la lutte contre le paludisme dans 12 pays africains (maintenant 16 pays), et a créé un système de partage des protocoles expérimentaux et des données génétiques.
En outre, en tant que directeur du Centre de recherche et de formation sur le paludisme (MRTC) à l’Université des sciences, des techniques et des technologies de Bamako, il a travaillé avec diligence pour former de jeunes scientifiques et a collaboré avec de nombreux groupes de recherche internationaux. En dépit de conditions difficiles, il a fait du centre une plaque tournante d’un réseau international de recherche sur le paludisme. Grâce à ces réalisations, ses recherches ont permis de sauver la vie de nombreuses personnes vivant dans des zones où le paludisme est endémique, et il reste fermement déterminé à réaliser le rêve d’une « Afrique sans paludisme ».
Mise au point d’un marqueur moléculaire de la résistance à la chloroquine
La chloroquine était un traitement très efficace contre le paludisme, sûr et peu coûteux, et a donc été utilisée comme médicament antipaludéen dans de nombreuses régions du monde pendant de nombreuses années. Cependant, dans la seconde moitié des années 1950, Plasmodium falciparum, qui provoque les symptômes les plus graves et les plus mortels parmi les protozoaires responsables du paludisme qui infectent l’homme, a acquis une résistance à la chloroquine. Le gène Pfcrt, responsable de la résistance à la chloroquine chez Plasmodium falciparum, a été identifié par la suite, mais comme des souches cultivées en laboratoire ont été utilisées pour cette recherche, on ne savait pas si Pfcrt était effectivement le gène responsable de la résistance à la chloroquine sur le terrain dans les régions où sévissent des épidémies de paludisme au Mali. Avec ses collaborateurs, Pr. Djimdé est le premier à démontrer que Pfcrt est responsable de la résistance à la chloroquine, même en zones d’endémie et il a également conçu un marqueur moléculaire fiable pour la résistance à la chloroquine sur le terrain. Son système de surveillance a été adopté d’abord en Afrique subsaharienne, puis dans le monde entier. Sous la direction du Pr. Djimdé, l’équipe de recherche a utilisé ce marqueur moléculaire pour prouver que la résistance à la chloroquine était largement répandue au Mali, ce qui a conduit à un changement du traitement de premier choix contre le paludisme dans le pays.
Développement clinique des médicaments antipaludiques
Lorsque le Plasmodium falciparum, qui avait acquis une résistance à la chloroquine, a été signalé dans le monde entier, il est devenu nécessaire d’introduire en clinique de nouveaux médicaments antipaludiques plus efficaces. Le Dr Djimdé et ses collègues chercheurs ont mené des essais cliniques de phase II à IV sur des combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine (ACT) et ont vérifié leur innocuité et leur efficacité en Afrique subsaharienne. L’artésunate-pyronaridine (PyramaxR), l’une de ces ACT, avait été enregistrée comme médicament pour le traitement du paludisme dix ans plus tôt en
Europe, mais en raison de préoccupations concernant son innocuité, son utilisation a été limitée à un seul traitement par patient. Or, en Afrique subsaharienne, les enfants sont infectés par le paludisme plusieurs fois par an. On ne pouvait donc pas s’attendre à ce que l’administration de PyramaxR soit efficient dans ce contexte Africain. Le Pr. Djimdé et son équipe ont mené une étude transversale à long terme à grande échelle, rassemblant 13 350 cas de paludisme et les traitant avec l’une des quatre ACT, y compris PyramaxR, puis en suivant chaque cas pendant deux ans. Les résultats ont montré que l’artésunate pyronaridine était efficace lorsqu’il était administré de manière répétée à des patients présentant des épisodes consécutifs de paludisme, et que l’administration multiple ne posait aucun problème de sécurité. Cette découverte a conduit l’OMS à approuver les utilisations multiples de PyramaxR. Par la suite, PyramaxR a été utilisé dans 27 pays, dont 22 en Afrique subsaharienne, et a sauvé la vie de des millions enfants africains.
Diversité génétique des plasmodies africaines
Le Pr. Djimdé a surtout convaincu ses collègues chercheurs de 12 pays africains de créer le réseau Plasmodium Diversity Network Africa (aujourd’hui Pathogens genomic Diversity Network Africa (PDNA)) et a conçu un système permettant de partager facilement des protocoles expérimentaux, des échantillons, des données génétiques, etc. Les recherches conjointes menées dans le cadre de ce réseau ont débouché sur les premières recherches génétiques sur les protozoaires responsables du paludisme en Afrique, et le Dr Djimdé et ses collègues ont découvert l’existence de sous-populations majeures de Plasmodium falciparum en Afrique subsaharienne. Ces résultats ont contribué à ce que l’OMS ait modifié sa politique en matière de paludisme, qui était auparavant traitée de la même manière quel que soit le pays : les mesures de lutte contre le paludisme en Afrique subsaharienne doivent être prises par le biais d’une méthode adaptée à ce pays, sur la base des données locales de chacun d’entre eux. Le Pr. Djimdé et ses collègues du PDNA poursuivent leur collaboration afin d’évaluer l’impact potentiel de la diversité génétique sur les interventions contre le paludisme, la résistance aux médicaments antipaludiques, l’efficacité des vaccins et le contrôle des organismes vecteurs.
Former de jeunes chercheurs par la recherche
Le Pr. Djimdé se concentre sur la création de divers programmes visant à renforcer les capacités de recherche en Afrique et a été le fer de lance de la formation de partenariats stratégiques mondiaux portant sur le paludisme et la résistance aux médicaments dans la région africaine. En tant que directeur fondateur de Developing Excellence in Leadership and Genomics Training for Malaria Elimination (DELGEME), un programme de formation qu’il dirige avec ses collègues du PDNA, il s’est engagé à former d’excellents jeunes chercheurs. Par exemple, il a élaboré un vaste programme de formation en génétique et en bio-informatique, notamment sur les protozoaires responsables du paludisme et les hôtes humains, à l’intention de jeunes scientifiques de 17 pays de l’Afrique subsaharienne. Les jeunes chercheurs qui ont suivi le programme DELGEME ont produit d’excellents résultats de recherche dans les domaines de la génomique et de la bio-informatique. Récemment, le programme a été étendu à DELGEME Plus et met également l’accent sur la recherche en matière de résistance aux médicaments antimicrobiens.
Ce vendredi 22 août 2025, notre compatriote Pr Abdoulaye Djimdé a été honoré par le prix international « Hideyo Noguchi ».
CIGMA




