Oraison funèbre : Le Premier ministre fait ses adieux au Général Sadio Camara

Excellence, Général d’Armée, Assimi GOÏTA, Président de la Transition, Chef de l’Etat, Chef Suprême des Armées ; Honorable, Général de Corps d’Armée, Malick DIAW, Président du Conseil National de Transition ; Mesdames et messieurs les membres du Gouvernement ; Mesdames et messieurs les Présidents des Institutions de la République; Messieurs les anciens Premiers ministres, Monsieur le Grand Chancelier des Ordres Nationaux ; Monsieur le Chef d’Etat-major Général des Armées ; Excellences, mesdames et messieurs les Ambassadeurs et Chefs de Missions diplomatiques accrédités auprès de la République du Mali, Messieurs les Chefs d’Etat-major et Directeurs de service ; Honorables membres du Conseil National de Transition ; Respectées Autorités religieuses, coutumières et traditionnelles ; Officiers généraux et supérieurs, Officiers, Sous-officiers et Militaires de rang ; Distingués invités, des plus illustres aux plus anonymes, ici présents ; Mesdames et Messieurs, Il est des missions qu’on aurait bien aimé ne jamais avoir à effectuer, ne seraitce qu’une seule fois, de toute sa vie au service de la Nation. De ces missions est celle-là qui m’échoit en ce moment, de prononcer l’oraison funèbre d’un compagnon, d’un ami, d’un collègue et d’un frère d’armes, brutalement et injustement fauché dans la force de l’âge du fait de la lâcheté, de la traîtrise et de la barbarie. La mort, et nous l’avons appris à nos dépens, est un verdict divin sans appel. Mais face à certaines morts, dans l’incapacité de transiger avec notre Créateur, nous n’avons d’autre choix que de nous interroger : Pourquoi ? Pourquoi lui ? Pourquoi maintenant ? Cette interrogation, particulièrement grave, qui délimite le champ de notre modeste condition humaine, recèle à la fois notre cri de détresse, notre impuissance et notre résignation face à la mort, ce passage obligé qui est, malheureusement, notre avenir à tous. Distingués invités, Mesdames et messieurs, Souffrons ! Souffrons seul ou en communion. Mais souffrons quand même de toutes les formes d’expression en pareille circonstance. Exprimons dignement notre colère, cette colère qui est à fleur de notre peau, mais sans jamais la laisser exploser. Bien au contraire, réjouissons-nous de certaines morts qui inscrivent dans le marbre, pour l’éternité, un nom, qui font la fierté d’une famille et qui couvrent d’honneur toute une institution, toute une Nation. Ainsi en est-il de la mort du Général d’Armée Sadio CAMARA, celui que les Maliennes et les Maliens de toutes conditions pleurent aujourd’hui. Oui, l’épicentre de la disparition du Général d’Armée Sadio CAMARA porte un nom : Le Mali. Mais l’onde de choc suscitée par cette perte dépasse largement les frontières nationales, tant l’homme, par son engagement et son parcours, a marqué son pays et au-delà. Né le 19 août 1979 à Kati, Sadio CAMARA évolue dans un environnement militaire, sous l’influence de son père, enseignant et ancien Directeur des études au Prytanée militaire de Kati (PMK). Il intègre cette prestigieuse école, où il obtient le baccalauréat en série Science Biologique Terminale (SBT) en 1999. C’est dans ce cadre qu’il développe une vocation précoce pour le métier des armes. Dans la continuité de ce parcours, il rejoint la même année l’École Militaire Interarmes (EMIA) de Koulikoro, où il reçoit la formation initiale des officiers. Sa carrière militaire se construit progressivement à travers un ensemble de formations professionnelles et académiques, tant au Mali qu’à l’étranger. Il bénéficie, notamment d’enseignements en Chine et aux États-Unis, portant sur des domaines stratégiques tels que le commandement, l’anti-terrorisme ou encore les relations civilo-militaires. En parallèle, il obtient une attestation de langue anglaise avancée en 2006 et une licence professionnelle en création et gestion d’entreprise en 2017. Promu Sous-lieutenant en 2002, il gravit avec constance les échelons de la hiérarchie militaire : Lieutenant en 2004, Capitaine en 2009, Commandant en 2012, Lieutenant-colonel en 2015, Colonel en 2020, Général de Corps d’Armée en 2024, enfin Général d’Armée, à titre posthume, le 29 Avril 2026. Cette progression témoigne d’un parcours marqué par la rigueur, le mérite et le sens du devoir. Tout au long de sa carrière, le Général CAMARA occupe de nombreuses fonctions opérationnelles et de commandement. Il dirige, notamment des unités à Kangaba, Kidal et Ménaka, avant d’assumer d’autres responsabilités telles que les commandements du Groupement territorial de Bamako et du Prytanée militaire de Kati. Son expérience est également enrichie par sa participation à plusieurs opérations militaires au Mali et au Niger, contribuant ainsi à renforcer ses compétences tactiques et sa connaissance du terrain. Son engagement et son professionnalisme sont reconnus à travers de nombreuses distinctions honorifiques, dont le grade de Grand Officier de l’Ordre national du Mali, la médaille pour le renforcement de la coopération militaire russe ainsi que plusieurs distinctions honorifiques militaires dont la Croix de la Valeur militaire, la médaille du mérite, la médaille de sauvetage et les médailles commémoratives de campagne. Distingués invités, Mesdames et messieurs, Il n’est nul besoin de trahir un quelconque secret d’État pour reconnaître le rôle déterminant joué par le Général d’Armée Sadio CAMARA dans le processus de refondation de l’outil de défense du Mali. Son engagement s’inscrit pleinement dans la dynamique impulsée par les autorités de la Transition en vue de la reconquête de la souveraineté nationale. Officier de terrain profondément marqué par les réalités opérationnelles, il a vécu avec une acuité particulière l’occupation du Nord du Mali à partir de 2012. Cette période a constitué pour lui une épreuve fondatrice, nourrissant une conviction inébranlable : celle de la nécessité de restaurer la dignité et la capacité opérationnelle des Forces armées maliennes. Il n’a jamais accepté l’affaiblissement de l’institution militaire, qu’il percevait comme le résultat de dynamiques politiques complexes, parfois influencées par des intérêts extérieurs peu en phase avec les réalités nationales. Dès qu’il en a eu l’opportunité, le Général CAMARA s’est affirmé comme un acteur majeur de la montée en puissance des Forces armées et de sécurité. En étroite collaboration avec les plus hautes autorités de l’État, il a contribué à redéfinir les priorités stratégiques du pays en matière de défense. Progressivement, il s’est imposé comme l’une des figures les plus emblématiques de la lutte pour la